L'amertume entraînerait des ennuis de santé

Publié le par ati dion

Publié le 10 août 2011 à 07h08 | Mis à jour le 10 août 2011 à 11h50

Marie-Claude Malboeuf
La Presse

Quiconque a l'habitude de blâmer les autres pour ses malheurs risque fort de s'en attirer d'autres, notamment des ennuis de santé.

C'est la conviction du professeur de psychologie Carsten Wrosch, qui s'intéresse aux émotions négatives dans le cadre de ses recherches à l'Université Concordia.

Parmi ces émotions, l'amertume n'a pas été suffisamment étudiée, déplore le chercheur, qui a entrepris de remédier à cette lacune en évaluant les pensées, les humeurs et la santé de 300 couples pendant trois ans. Déjà, tout lui permet de croire que l'amertume chronique a un effet sur le métabolisme et le système immunitaire. Comme les autres émotions négatives - dont la colère et l'hostilité qui l'accompagne -, «on peut présumer qu'elle augmente le taux de cortisol [l'hormone du stress], explique le professeur. Si l'amertume devient chronique, cela peut causer des dérèglements biologiques et rendre vulnérable aux maladies.»

Les gens amers ont le réflexe d'en vouloir aux autres pour leurs échecs ou leurs malheurs: à leur patron, à leur conjoint, à leurs parents. À tort ou à raison, ils se sentent victimes d'une injustice. Devant les mêmes revers, d'autres personnes seront plutôt bourrelées de regrets. Elles se reprocheront de ne pas avoir agi autrement, se blâmeront et ressentiront de la tristesse. «La tristesse a été beaucoup plus étudiée en raison de son lien puissant avec la dépression, qui est une maladie clinique», explique le professeur Wrosch.

Pourtant, la rancoeur est elle aussi un trouble mental, estime le directeur de la clinique psychiatrique de l'Université libre de Berlin, Michael Linden.

Comment la traiter? Même si l'on valorise la persévérance et qu'on l'associe aux gagnants, il faut parfois savoir abandonner, répond le professeur Worsch. Quand redoubler d'efforts ne permet pas d'atteindre ses objectifs (sa promotion, «sauver» son couple, etc.), mieux vaut s'en détacher et se lancer dans autre chose.

Selon une recherche publiée en 2011 et menée auprès de plusieurs dizaines de Californiennes infertiles, c'est souvent la meilleure façon de s'adapter.

D'après l'Allemand Michael Linden, de 1% à 2% des gens souffrent d'amertume chronique. Le risque augmente dans certaines sociétés inégalitaires (par exemple, l'Afrique du Sud à l'époque de l'apartheid).

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